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Frédéric BORDAGE GreenIT.fr

Frederice bordage

Frédéric Bordage est expert indépendant en numérique responsable.

Dès le début des années 2000, il s’intéresse à l’impact sur l'environnement du numérique et à la notion de green IT qui est une démarche d’amélioration continue visant à diminuer l’empreinte environnementale sociale et écologique du système d’information d’une entreprise.

En 2004, il fonde la communauté GreenIT.fr pour rassembler la communauté francophone.

Aujourd’hui, GreenIT.fr est structuré autour de plusieurs sous-ensembles :

  • une communauté de bénévoles
  • un club d’entreprises qui regroupe des grandes organisations publiques et privées
  • un collectif d’expert qui s’intéresse, entre autre, à la conception responsable des services numériques et qui regroupe une centaine d’organisations et plus de 300 individus qui proposent les outils de référence tels que Ecoindex.

Impact environnemental du numerique

Extrait du rapport “Empreinte environnementale du numérique mondial”, Green IT, Frédéric Bordage, 2019. https://urlz.fr/bOKk

Pionnier du sujet, Frédéric Bordage et la communauté GreenIT.fr ont forgé des expressions et les définitions associées telles que « numérique responsable », la notion de « sobriété numérique » ou encore la « conception responsable des services numériques », thématiques fortement reprises dans les médias aujourd’hui mais parfois floues.

Explications avec Frédéric Bordage.

La fabrication des équipements numériques comme source majeure de pollution 

« Le numérique à l’échelle planétaire représente aujourd’hui 3% des émissions de gaz à effet de serre, en comparaison, c’est plus que l’aviation civile. En 15 ans, l’impact du numérique dans le monde a doublé. Aucun autre secteur n’a évolué d’une façon aussi exponentielle. »  

Malgré l’importance de l’utilisation du numérique dans l’impact environnemental, la phase de fabrication des équipements numériques constitue le plus fort de son ampleur. En cause : l’extraction des matières premières et leur transformation en composants électroniques.

« À titre d’exemple, la fabrication d’une unité centrale exige 100 fois son poids en matières premières. La taille des écrans ne cessant d’augmenter, notamment ceux des téléviseurs, la fabrication de ces équipements demande davantage de matières premières ».

Selon l’étude publiée par le Green IT en juin 2020 sur les impacts du numérique français, la fabrication des appareils concentre 36 à 85% des impacts environnementaux en fonction de l’indicateur observé, à savoir la consommation d’énergie, d’eau, les émissions de gaz à effet de serre ou l’épuisement des ressources abiotiques.

La fin de vie de ces équipements génère également une forte pollution et les matériaux contenus dans les appareils électroniques sont peu recyclés. « Le numérique génère 75 milliards de kilogrammes de déchets électroniques dans le monde, chaque année ».

« La multiplication des terminaux augmente également l’impact du numérique. En 2019, on dénombrait 34 milliards d’équipements pour 4,1 milliards d’utilisateur.ice.s, soit 8 équipements par utilisateur.ice.s ».

L’engouement pour les objets connectés (enceintes bluetooth, montres, éclairage…) ajoute encore à l’augmentation des équipements de notre quotidien. Le nombre d’objets connectés devrait être multiplié par 48 entre 2010 et 2025 selon le rapport de la communauté Green IT

« Comprendre que « le numérique est une ressource critique non renouvelable », selon Frédéric Bordage

Aujourd’hui, notre société est dépendante du numérique qui est devenu indispensable, au quotidien, dans nos démarches administratives, bancaires, commerciales, etc …

Le demande croissante en numérique a pour conséquence de réduire ostensiblement la quantité de matières premières nécessaires à sa fabrication, et cette matière première est en voie d’épuisement.

« Si on continue à penser et à concevoir le numérique comme on le fait actuellement, ces ressources seront épuisées dans 30 ans. A ce rythme, à l’échelle d’une génération, les ressources nécessaires à la fabrication des matériels manqueront ».

On peut donc affirmer aujourd’hui que le numérique est une « ressource non renouvelable en voie d’épuisement ».

Selon l’expert, « c’est également une ressource critique puisque c’est un outil de résilience face à l’effondrement en cours ».

Le numérique, conçu à l’origine pour communiquer efficacement et transmettre le savoir, peut être pensé comme un outil permettant aux êtres humains d’être résilients, autrement dit de résister dans le temps et de rebondir de façon pérenne.

Pour que le numérique perdure, il est nécessaire d’opérer un arbitrage de nos usages, entre ceux destinés aux loisirs et ceux destinés à améliorer notre qualité de vie comme les technologies utilisées pour réaliser des IRM ou transmettre de la connaissance et réorienter ces usages.

Une forme de décroissance des usages du numérique, - loisirs et confort – est donc vitale, pour atteindre la sobriété numérique.

Pour Frédéric Bordage, on peut agir à notre échelle : deux leviers sont indispensables pour limiter l’impact environnemental du numérique :

  • Le réemploi des équipements numériques : conserver nos appareils électroniques plus longtemps, les réparer ou les confier à des filières de réemploi. Il s’agit d’allonger la durée de vie des équipements.
  • La conception responsable des services numériques.

Migrer vers un “numérique responsable”

« Le numérique a des impacts positifs, mais nous devons aussi penser à ses effets secondaires négatifs comme la pollution, la dépendance au numérique ou encore l’exclusion de certaines personnes et de certains territoires du numérique et les comprendre.

Il est important de redevenir intelligent dans les usages du numérique et faire de ce tournant une chance de concevoir un “autre” numérique, plus responsable, qui s’articule autour de trois valeurs fondamentales :

  • Etre éthique
  • Etre représentatif
  • Ne pas exclure (préféré ici au terme d’inclusif qui évoque l’idée qu’il y aurait une normalité à laquelle tout le monde devrait se conformer). Par exemple, aujourd’hui la plupart des applications exclut les personnes non-voyantes et malvoyantes. L’objectif est de concevoir des applications prenant en compte toutes les différences. Le numérique se doit d’être au service de tout le monde. Il est nécessaire de construire le numérique comme un outil qui, dès l’étape de sa conception, n’exclut pas. »

En conclusion, voici les gestes clés, à la portée de chacun.e, recommandés par Frédéric Bordage pour limiter notre impact numérique au quotidien :

  • Allonger la durée de vie de ses équipements en les conservant le plus longtemps possible ou en leur donnant une seconde vie auprès des acteur.ice.s du réemploi.
  • Éteindre sa box quand on quitte le domicile ou lorsqu’on dort.
  • Limiter l’utilisation de ses équipements en 4G et préférer une connexion wifi ou filaire.
  • Privilégier la TNT pour la télévision. 

Propos recueillis par Clara Moussay.
Un grand merci à Frédéric Bordage pour sa disponibilité.

 

Pour aller plus loin sur le travail de Frédéric Bordage et du Green IT.fr : Bordage, Frédéric. Sobriété numérique: Les clés pour agir. Buchet/Chastel, 2019.
https://techologie.net/episodes/13-numerique-responsable-outil-de-resilience    https://techologie.net/episodes/20-sobriete-numerique-les-cles-pour-agir
https://www.greenit.fr/impacts-environnementaux-du-numerique-en-france/   Étude « iNum » sur les impacts environnementaux du numérique en France, Green IT, Collectif d’experts, 2020.
https://www.greenit.fr/wp-content/uploads/2020/06/2020-06-iNum-etude-impacts-numerique-France-rapport.pdf